CHRONIQUES
d’autan
Nos racines
Vous vous êtes peut-être un jour posé les
questions classiques : « Qui sommes-nous ? D’où venons-nous
? ». Comme je ne lis pas dans le marc de café ou toute
autre substance, je me garderai de donner mon avis sur celle qui
les accompagne habituellement : « où allons-nous ? ».
Les deux premières suffisent. Naturellement, comme la réponse
porte sur une très longue période et que je ne dispose
que d’une page quand il faudrait un volume, je me bornerai à un
survol de la question, un schéma en quelque sorte.
La dernière période glaciaire que l’homme
ait connue – celle de Würm – se termine il y a
environ 10.000 ans. Il faut encore quatre ou cinq millénaires
pour que le chasseur du néolithique abandonne les abris
sous roche qui le protégeaient des intempéries et,
en sélectionnant les premières graminées,
découvre l’agriculture. Au troisième millénaire
avant J.C, chez nous, et mille ans après l’Armorique,
apparaît la civilisation des mégalithes. Les hommes
se mettent à construire des monuments funéraires
impressionnants à l’aide d’énormes blocs
de roche en guise de murs et de poutres, comprenant en général
un couloir d’entrée et une salle mortuaire avec, quelquefois
une antichambre. Le tout était recouvert de terre formant
tumulus. La terre, par l’effet de l’érosion
et l’action des agriculteurs, a disparu et il ne reste souvent
de ces monuments qu’une dalle reposant sur deux rocs verticaux
en forme de table de pierre, signification littérale du
mot celtique dolmen. L’Aveyron en compte entre 600 et 1000,
ce qui fait de lui le premier territoire pour la possession de
dolmens avant même la Bretagne. Un peu plus tard apparaîtront
des statues menhirs, principalement dans les régions du
Rance et de Lacaune.
A partir du huitième siècle avant J.C. des groupes
celtiques venant d’Europe Centrale entre Rhin et Danube,
pénètrent dans le pays et la tribu gauloise qui peuplera
le Rouergue recevra plus tard des Romains le nom de Rutènes
(Ruteni : les hommes aux cheveux rouges, car ils se teignaient
la chevelure). La « nation » gauloise ne se cantonnait
pas à la Gaule celtique. Des populations celtes existaient
jusqu’en Asie Mineure. Rome eut maille à partir avec
ceux qui peuplaient le nord de l’Italie. On connaît
l’épisode des oies du Capitole qui avertirent les
Romains endormis de l’incursion des Gaulois et celui de Brennus,
chef gaulois qui, après avoir pris et pillé Rome,
en 390 avant J.C., s’écria : « Malheur aux vaincus
! ». Ils peuplaient également les îles britanniques
et le nord de l’Espagne.
Lorsque Jules César s’intéresse à la
Gaule, une partie de celle-ci est déjà romanisée.
Vercingétorix, de la tribu des Arvernes, se proclame chef
des Gaulois et rallie les tribus qui ne sont pas encore passées
sous la coupe des Latins, dont les Rutènes. D’abord
victorieux à Gergovie, il se fait battre à Alésia
en 52 av.J.C. . A partir de là et pour un peu plus de deux
siècles, la paix romaine va régner sur notre région
comme partout en Gaule. Hormis quelques révoltes, on peut
dire que la rencontre des deux civilisations ne se passe pas trop
mal. L’amalgame aboutit à une nouvelle entité :
le monde gallo-romain. A l’issue de leurs vingt ans de service
dans les légions, les soldats romains se voient attribuer
un lopin de terre en Gaule pour finir leurs jours, et les villas
(domaines ruraux) fleurissent en nombre dans toute la région.
A la fin du deuxième siècle, les luttes pour le
pouvoir sonnent la fin de la Pax Romana. Les Germains s’établissent
progressivement en Gaule au milieu du siècle suivant, tandis
que l’Empire se désagrège. Bientôt, il
ne s’agit plus d’implantations mais de déferlement.
Les populations d’outre-Rhin, poussées par d’autres
peuples venus d’Asie, se précipitent dans l’espace
laissé libre par la déliquescence de la puissance
romaine. Il ne semble pas que notre région, en raison de
son accès difficile, ait été l’une des
plus touchées par les invasions, à l’exception
des Vandales qui se dirigeaient vers l’Afrique du Nord et
des Wisigoths qui occupaient le Toulousain. La venue des Francs
ne paraît pas avoir amené beaucoup de sang neuf au
vieux fond gallo-romain de nos contrées. L’influence
germanique a cependant laissé des traces dans certains patronymes
de la commune, comme Enjalbert (Engilberht), Azémar (Adhémar)
ou Gayrard (War-hard). Le passage des Anglais dans le Rouergue,
pendant la guerre de Cent Ans a été trop bref –une
vingtaine d’années – pour avoir influé de
façon sensible sur la population.
Depuis le quinzième siècle, le Rouergue n’a
plus connu d’apport significatif et a vécu plus ou
moins en autarcie jusqu’à l’arrivée du
chemin de fer et les grandes migrations vers Paris, les autres
régions de France et jusqu’en Argentine. Il faut croire
que les gènes transmis par les peuples divers qui se sont établis
sur notre sol étaient de qualité exceptionnelle,
puisqu’ils ont permis à nos aïeux de faire face à une
existence dont nous avons du mal à imaginer la dureté.
Ils étaient heureusement soutenus pas leur foi qui leur
promettait un monde meilleur dans une autre vie et, malgré les
chamailleries nombreuses et inévitables chez des descendants
des Gaulois, par une solidarité et un sens de la communauté que
nous ne connaissons plus.
Roger Lauriol
Retour
au menu :
|