CHRONIQUES
d’Autan
Les chemins au 19ème siècle
L’une des plaies, et non des moindres, dont souffrait la nouvelle municipalité de
Centrès après sa formation en 1829, était le manque de
communications avec l’extérieur. La situation de ses trois villages à la
périphérie des anciennes communes de St Just, La Selve et Le
Piboul n’avait pas contribué à son désenclavement.
La seule route traversant une petite
partie à l’ouest
de la commune était encore en construction : il s’agissait
de celle de Figeac à Lodève qui passait par Sauveterre,
Naucelle, Le Navech, le Terme, Castelpers et Réquista. Pour
le reste, on ne parlait pas de routes, mais de chemins et certains
d’entre eux méritaient à peine cette appellation.
En mai 1832, le maire, M. Lacombe signale « qu’il existe
sur le chemin du Navech, avant Maison-Neuve, une côte très
rapide, quasi à pic, que non seulement les charrettes ne
peuvent point y passer, mais un cavalier est obligé en montant
de conduire son cheval par la bride ». En juillet 1835, il
constate que, vers Naucelle et vers Rodez, « les chemins
qui existent sont devenus totalement impraticables, que les autres
chemins de la commune sont aussi entièrement dégradés,
que les côtes d’Ayres, du Navech, du moulin de Born,
de Soulages et autres sont inaccessibles, qu’il importe non
seulement de les réparer, mais de les ouvrir à neuf » !
Les orages qui ravinaient les voies en pente en dénudant
les cailloux et la roche sous-jacente n’étaient pas
les seuls responsables de cet état de choses. Il fallait
compter avec la malice de certains riverains qui empiétaient
sans vergogne sur le domaine public en construisant des murs de
clôture, en plantant des haies ou des arbres ou en creusant
des fossés. Il était tentant de récupérer
un ou deux mètres carrés tout en espérant
qu’ils passeraient inaperçus sur des chaussées
que des haies vives mal taillées réduisaient souvent à l’état
de sentiers. L’ouverture de voies moins abruptes sur Ayres
et le Navech se heurtaient également à des résistances
de la part des propriétaires, soit par la demande de sommes
excessives pour la cession d’un bout de terrain, soit en
s’opposant carrément au passage du chemin. Pourtant
les liaisons avec Naucelle et Rodez étaient vitales pour
la commune.
Les soucis du conseil municipal
en cette première moitié du
19ième siècle ne s’arrêtent pas à l’état
des chemins. La traversée des cours d’eau qui délimitent
les 3671 hectares de la commune : Viaur, Céor, l’Hume,
comporte des ponts qui ne sont souvent que des passerelles. Comme
les chemins, ils sont à sa charge et souffrent d’un
délabrement chronique souvent dénoncé dans
le registre des délibérations. Hormis celui du Navech
qui bénéficie du passage d’une départementale,
il est parfois dangereux de s’aventurer sur les planches
pourries et encore plus d’y engager une charrette. De guerre
lasse, certains habitants se chargent quelquefois eux-mêmes
des réparations.
La séance du Conseil du 9 janvier 1837 établit
la nomenclature des chemins de la commune en les classant du n°1
au n°20. Seuls les sept premiers seront déclarés
vicinaux, les autres étant considérés, faute
de pouvoir les entretenir, comme d’utilité privée
et laissés à la charge de ceux qui les empruntent.
Les deux plus importants, le n°1 et le n°2 mènent
respectivement de Centrès à Rodez par Tayac et le
Piboul et de Centrès à Naucelle par le Navech. La
nouvelle route de Figeac à Lodève n’empruntera
plus le passage à proximité du château du Bosc
et, après Maison-Neuve, le pont en pierre toujours debout
sur un ruisseau et la montée sous la Borie.
Le n°3 faisait communiquer Rodez à Lédergues
par Tayac, Taurines, le moulin de Born (Vor), Meljac et la Fabrèguerie.
On peut noter en passant, sur le registre, une petite rosserie
concernant le pont de la Fabrèguerie « qui n’a
pas été terminé et dont le retard ne peut être
attribué qu’à la nonchalance et peu de zèle
des maires de Lédergues et de St Just ». On ne se
faisait pas de cadeaux entre collègues !
Le n°4 partait de Cassagnes vers Pampelonne par Taurines, Magrinet,
Centrès, le Navech et la Baraque de Merlin (Naucelle-gare).
Le n°5 joignait le Nord de la commune à Moularès
(Tarn) « lieu très remarquable à cause des
foires » par Magrinet, le Terme, la Calmésie et St
Just.
Le n°6 qui est resté à l’état de
chemin jusqu’à nos jours, faisait communiquer le canton
de Cassagnes à Camjac en passant par Fonbonne, le hameau
de Soulages (Maffre) et le pont plusieurs fois détruit par
les crues du Viaur. Le registre signale l’ancienneté de
ce chemin qui figurait « dans les anciens cadastres qui datent
de plus de 200 ans » soit vers l’époque d’Henri
IV.
Le chemin n°7 permettait de se rendre à Meljac, ancienne
commune réunie à l’époque à celle
de St Just, et aux habitants de Meljac et St Cirq de se rendre à Naucelle.
Il faudra attendre le siècle suivant pour qu’aux
bucoliques chemins bordés de haies vives succèdent
des routes empierrées dont certains se souviennent encore
pour y avoir usé leurs galoches en se rendant à l’école,
puisque l’asphalte n’a fait son apparition chez nous
que vers 1950.
Roger Lauriol
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