| Actualité | C.C.N. | Communes | Tourisme | Economie | Associations | Localisation | Infos Utiles | |
![]() |
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
CHRONIQUES d’Autan Le Roc Enguerrand de Miramont contemplait avec mélancolie du haut du donjon délabré, les restes de son château. L’autan avait soufflé en tempête toute la nuit et sa fantastique chevauchée remplissait de plaintes et de sifflements les deux vallées à ses pieds. Un peu avant l’aube, un pan de rempart s’était détaché et avait roulé dans l’abîme avec un bruit de tonnerre longuement répercuté par les échos, en direction de la redoute du Castel Viel. Celle qui avait été l’une des plus puissantes forteresses du Rouergue, qui avait assuré pendant des siècles le contrôle et la défense des vallées du Viaur et du Céor, ne montrait plus que des créneaux effondrés, des lézardes où venaient nicher les corneilles et par où le vent s’engouffrait dans les salles vides avec un gémissement lugubre. La guerre qui avait duré cent seize ans entrecoupés de courtes périodes de calme, avait ruiné l’orgueilleuse citadelle. Les Anglais, puis les routiers, soldats débandés mués en brigands pendant les suspensions d’armes, à qui leurs exploits sinistres avaient valu le nom d’écorcheurs, avaient soigneusement pillé et brûlé tout ce qui pouvait l’être et, par les ouvertures béantes des portes et des fenêtres, les intempéries continuaient l’œuvre de destruction. De La Tour, à une demie lieue au sud-ouest, formidable donjon, qui servait d’avant-poste à la forteresse pour la surveillance du Céor, les signaux relayés par un petit fortin sur le plateau, ne parvenaient plus au Rocher. La tour démantelée avait, elle aussi, subi les outrages de la guerre et des occupants étrangers. Enguerrand, n’ayant plus rien à faire dans son fief ravagé, avait guerroyé pour le roi de France Louis XI contre son éternel ennemi, le Téméraire. Il s’était mis à nouveau au service de son fils Charles VIII, dans ses rêves de reconquête de son royaume de Naples. La campagne contre la ligue de Venise avait été victorieuse, mais après son retour, la garnison laissée sur place avait été taillée en pièces. L’armée avait par contre ramené un cuisant souvenir de son équipée italienne : le mal de Naples – la vérole – qui faisait des ravages aussi bien chez les grands que dans le menu peuple. Le roi Charles n’avait pu poursuivre son rêve italien ; il s’était fendu le crâne contre le linteau d’une porte basse en son château d’Amboise et Enguerrand était revenu finir sa vie dans sa forteresse délabrée. Tandis qu’un soleil pourpre pointait à l’est sur les monts du Lévezou, le vieil homme songeait au défilé des siècles dont le Rocher avait été le témoin. Aucune main savante ne s’était souciée de coucher sur un parchemin ne serait-ce qu’un épisode de cette longue histoire. Les seigneurs du lieu avaient été formés dès leur jeune âge à manier l’épée et non la plume d’oie. Les écritures étaient affaire de clercs et non de guerriers. Tout ce que connaissait Enguerrand de ce passé glorieux tenait plus de la légende que de l’histoire. Le « Mirabilis Mons » (montagne admirable) avait d’abord servi de citadelle pour le vaste camp fortifié (oppidum) pendant l’occupation de la Gaule par les armées de César, qui couvrait une bonne partie du plateau étroit entre Viaur et Céor. Des tessons d’amphores apparaissaient parfois sous le soc d’un araire. Les récipients qui avaient transporté le vin de Campanie, gisaient en morceaux à quelques pouces de la surface du sol, témoins de la soif des légionnaires romains. Une chaussée pavée de briques était encore visible, qui avait relié le plateau à la voie romaine de Segodunum – Albiga – Tolosa (Rodez – Albi – Toulouse). Puis les barbares étaient venus. Les temps obscurs n’avaient laissé que peu d’indices. On disait pourtant qu’une petite ville du nom de Sorasis avait pris un temps la place de l’oppidum latin. Le nom occitan rappelait étrangement celui des Sarrazins. Avaient-ils, en traversant le pays des Francs pour terminer leur course à Poitiers, redressé les défenses romaines et fondé une petite cité sur le plateau solitaire ? Fallait-il également ajouter foi à cet autre conte, celui des 103 archers ? Trois chevaliers français, pendant la guerre de Cent ans, à la suite de quelque trahison, avaient été capturés par le chef de la ville de Sorasis alors aux mains des Anglais ou des routiers. Les chevaliers avaient été promptement condamnés à mort et pendus au gibet. Leurs compagnons arrivés sur les lieux un peu plus tard furent pris de fureur vengeresse à la vue des trois corps sans vie qui se balançaient au bout des cordes. Ils investirent la ville, l’incendièrent et passèrent toute la population au fil de l’épée. Selon la chanson de geste qu’Enguerrand avait entendu dans son enfance, les archers au nombre de 103, allèrent fonder, à une lieue de là le village de Centrès qui, en occitan, a la même consonance que 103 avec un simple glissement de l’accent tonique de la deuxième à la première syllabe. C’était ce même village dont Enguerrand apercevait le château perché sur une butte en direction du nord-est. Le livre se refermait sur un millénaire et demi de sang et de gloire, de bruit et de fureur. Bientôt les paysans des alentours attelleraient leurs charrettes pour charger les pierres des murailles après les avoir abattues, pour construire leurs fermes et il ne resterait plus, après ce ravage méthodique, pierre sur pierre de ce qui avait été une puissante seigneurie et l’une des douze baronnies du Rouergue. Roger Lauriol
|
| Actualité | C.C.N. | Communes | Tourisme | Economie | Associations | Localisation | Infos Utiles | ||
| - Site
de la Communauté de Communes du Naucellois - Mairie 12800
Naucelle - 05 65 67 82 75 - Webmestre : PHAÏ - phai@wanadoo.fr - - Informations légales - |
||