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CHRONIQUES d’Autan

Le château
( 2ème partie )

   L’histoire de Taurines ne débute pas à la construction du château, qui coïncide avec l’éclosion des cathédrales au 13e siècle. La pierre commémorative trouvée sous la croix du chemin des Igues et incluse maintenant dans le mur de l’escalier de la cour, porte une inscription latine à la mémoire d’un certain Monocorius et de sa femme Secunda. S’agit-il d’un légionnaire de la proche garnison de Miramont, ou d’un ancien soldat à qui l’empereur avait accordé une terre dans les environs ? Il y a aussi le bloc de grès sculpté représentant grossièrement la tête d’un taureau, probablement divinité gauloise, qui ornait un mur de l’ancienne église et que l’on n’a jamais retrouvé. Par contre, on rapporte la légende d’un taureau qui grattait le sol en mugissant, toujours au même endroit, ce qui aurait amené la découverte d’un tombeau contenant les restes d’un saint, avec accompagnement de miracles. Toujours est-il que Taurines est bien né sous le signe du Taureau.

   A priori, le site ne prédisposait pas vraiment à accueillir un château fort. L’endroit est accessible de tous côtés, particulièrement à l’artillerie, bien que celle-ci fût à l’époque assez rudimentaire. Aucune défense naturelle, hormis les marécages environnants qui pouvaient fournir aux douves toute l’eau nécessaire. Dans ces conditions, la sauvegarde du bâtiment reposait en majeure partie sur la vaillance de ses défenseurs. La première famille en possession du château portait probablement le nom de De Taurines, bien que les archives manquent pour le confirmer.

   L’avènement de la famille de Guitard s’est produit dans la première moitié du 15e siècle, au beau milieu de la guerre de Cent ans. Elle était issue de la bourgeoisie aisée et, un siècle plus tôt, avait fait construire entre autres à Rodez la Tour des Anglais, qui leur servait de demeure. Elle s’était enrichie dans le change des monnaies, besogne lucrative lorsqu’on connaît l’anarchie des monnaies à cette époque. De là à en fabriquer soi-même, la tentation était grande : l’un des membres Hugues Guitard, fut accusé en 1323 de faux monnayage. De l’acquisition du château jusqu’aux guerres de religion, les archives ne mentionnent que des transactions avec les propriétaires ou les seigneurs des environs, parfois aussi des querelles, notamment avec la famille de Solages qui tenait les châteaux de Miramont et Centrès. Aucun document ne mentionne le rôle de Taurines au cours de la guerre de Cent Ans, qui ruina celui de Miramont. Vers 1530, une branche des Guitard acquit la seigneurie de Veynac. Un épisode violent faillit par contre faire disparaître le château et la famille de Guitard au moment des guerres de religion. Les seigneurs de Taurines s’étaient convertis au protestantisme et Guyon de Guitard, homme rude et batailleur, perd le commandement de Cassagnes-Bégonhès, qui est attribué au seigneur catholique du Bosc. En 1568, il attaque et reprend Cassagnes, qui a beaucoup à souffrir de sa domination. Il se fera finalement tuer à Dreux, peu de temps après. La situation est préoccupante à Taurines pour sa veuve Catherine et son fils Jacques. Il ne reste en 1574 que huit soldats au moment où les troupes catholiques mettent le siège devant le château. Contrairement à leurs adversaires, les assiégés calvinistes ne disposent d’aucune artillerie. Six coups de canon suffisent pour ouvrir une brèche dans la muraille. Le fossé, à cet endroit, est comblé de fagots et l’intérieur investi malgré une défense héroïque des 8 soldats qui en abattent 15 parmi les assiégeants. L’époque n’était pas au pardon et à la mansuétude à l’égard des vaincus. Les haines entre les deux religions étaient à ce point exacerbées qu’ils ne pouvaient se faire d’illusions sur leur sort. Deux étaient blessés. Un autre fut autorisé à accompagner dame Catherine et son fils en captivité. Quant aux cinq autres, ils furent égorgés sur-le-champ, sans états d’âme. Comme il était de coutume, afin d’éliminer un foyer du calvinisme, on pilla le château et on y mit le feu. En 1592, Jacques de Guitard, le jeune témoin du siège, épouse une demoiselle Marie de Tubières qui, devenue veuve, vend le château et ses dépendances à son frère Jean de Tubières en 1612, consacrant ainsi le changement de la lignée des seigneurs de Taurines.

   Le château restera aux mains de la famille Tubières pendant un siècle et demi jusqu’en 1765 où le dernier de la lignée meurt sans enfants en le cédant à son cousin Achille Robert de Lignerac. Les Tubières, devenus par mariage comtes de Caylus, sont des seigneurs puissants apparentés à de très hautes familles, dont le fief de Taurines ne représente qu’une part modique de leurs possessions. Ils font néanmoins réparer les dégâts causés par la guerre civile, mais résident plus souvent à Versailles que dans le Rouergue et occupent de hautes fonctions aux armées. Ils donnent leurs terres en fermage, en ne surveillant que de loin leurs intérêts, ce qui leur vaut d’être souvent grugés par leurs intendants. A l’inverse des derniers Guitard, ils sont catholiques, ce qui leur ouvre toutes les portes. Une Comtesse de Caylus sera même l’amie intime de Mme de Maintenon, mais son franc-parler, pour ne pas dire sa mauvaise langue, lui valent les foudres de Louis XIV, qui l’exile un temps de la cour.

   Après Lignerac, le château est vendu à Paul-Joseph de Moly, conseiller du Roi et trésorier général au bureau des finances de Montpellier, puis à Joseph de Séguret qui a, entre autres charges, celle de Président au Présidial de Rodez – tribunal civil et criminel. Contrairement à ceux des environs, le château n’eut pas à souffrir de la Révolution. A partir de 1852, date de la vente par M. de Séguret, le château connaît plusieurs propriétaires, dont un abbé, J.F Loubière né à Centrès, puis une artiste lyrique américaine, Mme Pearl-Hussey. Aucun ne possède les fonds nécessaires pour l’entretien de la bâtisse qui se dégrade lentement pendant 130 ans jusqu’au rachat par la commune de Centrès en 1981.

   L’histoire de ce lieu de mémoire, malgré le peu que l’on en sait, est trop longue pour être condensée en deux pages. J’en ai donné les grandes lignes et, pour en savoir plus, rien ne vaut la lecture du livre de l’Association pour l’animation du château dont le titre en résume toute l’œuvre : « A contresens de l’oubli ».


   Roger Lauriol      

 

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