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CHRONIQUES d’Autan Le Train Fantôme Etrange histoire que celle de ce chemin de fer qui devait relier Salmiech à Pampelonne, en passant par notre commune et qui ne vit jamais le jour. Non moins pittoresque était le concepteur de ce projet, M. Vergnes de Castelpers. Le 20 novembre 1910, à midi – un dimanche – le conseil municipal de Centrès se réunit en conseil ordinaire pour discuter de la politique de la commune. Il n’y a pas d’heure pour les braves, certes, mais tout de même, devoir délibérer de choses graves un dimanche, à l’heure de l’apéritif ! Nos ancêtres ne manquaient pas d’héroïsme ! D’autant plus que ce jour-là, le maire, M. Baptiste Bou, avait une communication sensationnelle à faire à ses conseillers, une fois traitées les affaires courantes, ce qui rallongeait encore la séance : la commune allait avoir son chemin de fer ! La nouvelle était de taille et valait bien de repousser l’heure du repas. M. Vergnes de Castelpers, jeune ingénieur de 41 ans, était venu s’établir dans sa demeure familiale du château de Castelpers à la fin du siècle précédent et il avait déjà à son actif de nombreuses réalisations. Il avait choisi le métier original de chercheur de chutes d’eau. La toute nouvelle forme d’énergie qui allait révolutionner le vingtième siècle – l’électricité – avait besoin de barrages pour fournir du courant aux particuliers et aux industries, et notamment aux transports. M. Vergnes était déjà concessionnaire fondateur des tramways électriques de Rodez, de ceux de Blois sur la Loire, du chemin de fer électrique de Pampelonne aux Farguettes, etc…Outre ses talents de promoteur industriel, c’était un passionné d’automobiles. De sa première, une De Dion-Bouton fonctionnant à la vapeur avec du coke comme carburant, jusqu’à sa dernière, une Frégate Renault, il en eut 35 au cours de sa vie. Ses aventures feront l’objet d’une prochaine chronique. Donc, en cette année 1910, « M. Vergnes se propose de demander au Conseil Général de l’Aveyron la concession d’une ligne de chemin de fer électrique qui serait alimentée par l’usine des Gorges du Viaur, qu’il a étudiée et qui va être construite ». Cette usine est celle du barrage de Thuriès au-dessous de Pampelonne dont la construction, en raison de la guerre, ne sera commencée qu’en 1917 et achevée en 1921. La voie ferrée, partant de Salmiech, devra desservir Cassagnes, le Bousquet, Tayac, Taurines, Centrès, Castelpers, St Just, Landecalmèze, les Peyronnies, la gare de Naucelle, Naucelle-ville, Crespin, et ira rejoindre la ligne existante de Pampelonne aux Farguettes. Un embranchement partira de Castelpers vers La Malric, Lentin, Lédergues, Falguières et au-delà et desservira ainsi le plateau de Réquista. Le registre des délibérations du C.M. poursuit : « la
création de cette voie ferrée aurait des conséquences économiques
considérables pour toute la région traversée
qui est complètement exclue jusqu’à présent
du projet des chemins de fer électriques départementaux
que le Conseil Général a décidés et pour
lesquels il est prévu une dépense de vingt millions à produire
sur un emprunt départemental. Cependant, la partie du Ségala
ainsi négligée est la plus déshéritée
au point de vue voies ferrées et une de celles qui renferme
le plus de richesses agricoles qu’une voie ferrée de
pénétration développera. Cette ligne ferait
communiquer tout le pays avec Albi d’une part, et par ce fait,
avec tout le réseau départemental du Tarn, avec Rodez
d’autre part, par la ligne de chemin de fer électrique
décidée par le Conseil Général, de Cassagnes à Rodez.
Elle assurerait sans transbordement le transport des chaux de Blayes-Carmaux
qui sont un des éléments principaux de la culture dans
le Ségala, un embranchement de la ligne projetée dessert
en effet les fours à chaux. En conséquence, M. le Maire propose au Conseil d’émettre le vœu que cette concession soit accordée à M. Vergnes de Castelpers par le Conseil Général le plus promptement possible afin de doter la population d’un élément indispensable à la prospérité moderne ; faisant observer en outre que cette population ne tarderait pas à faire éclater son mécontentement si les autres parties du département étaient dotées de voies électriques et qu’elle en reste dépourvue. » Tous ces beaux projets allaient être bousculés par le conflit mondial. L’Empereur Guillaume gagna de vitesse les ministères et les secrétariats d’état par où transitaient, avec une sage lenteur, les études de M. Vergnes. La France, riche avant 1914, se retrouvait exsangue à la fin de la guerre et l’argent employé à panser les plaies de la nation était trop précieux et trop rare pour monter une voie ferrée dans un coin ignoré du Rouergue. Quelque part, archivés dans le sous-sol poussiéreux d’un ministère parisien, dorment peut-être encore les feuillets jaunis d’un projet de chemin de fer électrique entre Salmiech et Pampelonne.
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