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CHRONIQUES d’Autan La Guerre
de Sécession Si, au nord de la France, le canon s’était tu, Taurines, sûr de son bon droit et fièrement campé autour de son château un peu plus délabré, n’avait pas désarmé. Les premières années d’après-guerre passées, les hostilités reprennent. Les cinq conseillers municipaux de Taurines présentent de nouveau en 1924 une demande de séparation avec la commune de Centrès et le 5 avril 1925 le maire, Paul Bousquet, élu en 1919 après la longue suppléance de Joseph Flottes, réunit le conseil municipal en session extraordinaire pour lui exposer le projet et demander son avis. Le ruisseau de l’Hume doit former la ligne de séparation entre les deux communes. Néanmoins, comme il n’y a pas de petits profits, la partie du chemin vicinal entre le pont de l’Hume et la maison Castanier, à l’entrée de Magrinet (environ 500 mètres), restera à la charge de Taurines, « cette portion de chemin n’étant d’aucun intérêt pour Centrès et Tayac ». Le village de Tayac est au centre du problème. Il ne peut présenter que 4 conseillers contre 7 à Centrès et 5 à Taurines. S’étant toujours montré loyal envers la commune, il est conscient que si Taurines s’en va, le rapport des forces va jouer en sa défaveur et qu’il sera impuissant à faire valoir ses droits. Jusqu’ici, son rôle d’arbitre entre les deux principaux villages lui valait une place confortable au sein du conseil. Il sent qu’il va perdre avec cette lutte entre les deux partenaires les avantages que lui valait sa neutralité. Centrès n’aura plus de raison de le ménager, d’autant plus que la commune privée d’un bon tiers de son territoire, verra ses crédits sévèrement amputés et sera d’autant moins encline à la générosité envers son vassal éloigné. Sentant venir l’orage, les habitants de Tayac élèvent le 10 mai une protestation contre le projet d’érection de la Section de Taurines en commune distincte. Les raisons invoquées par Taurines leur paraissent totalement artificielles, notamment celle de l’éloignement par rapport à la mairie. Ils font valoir que certains hameaux de Tayac comme Ayres ou la Gramauge sont bien plus éloignés du chef-lieu que ceux de Taurines, l’argument ne tient pas. Ils brandissent à leur tour la menace d’une sécession. Si Taurines reprend sa liberté, pourquoi ne feraient-ils pas de même ? Le maire, Paul Bousquet, qui habite le hameau des Garroustes et
fait donc partie de la Section de Tayac, ne croit pas trop à ce
qui ressemble à un chantage. Lassé de cet imbroglio,
et bien que d’un naturel calme et posé, il prend un
coup de sang. Ah ! Ils veulent leur indépendance, eh bien
ils vont l’avoir, macarel ! Et là-dessus, il trempe
sa plume sergent-major dans l’encrier qui, pour l’occasion,
a fait le plein de vinaigre et il envoie au Préfet de Rodez
une lettre dont je ne résiste pas au plaisir de vous donner
les meilleurs passages : Le maire ne précise pas le nom du général en question. Il peut s’agir du plus célèbre à l’époque, le Général de Castelnau, héros de 1870 et 14/18, que ses opinions royalistes avaient privé de son bâton de maréchal et qui, jusqu’à l’année précédente, occupait le siège de député de l’Aveyron. Les Taurinols, par pragmatisme, pouvaient avoir mis provisoirement leur républicanisme dans la poche pour bénéficier de l’appui du grand homme. La lettre suit l’itinéraire habituel : le Préfet transmet à Camille Chautemps, le Ministre de l’Intérieur, qui prend l’avis du Conseil d’Etat, lequel fait la même réponse que treize ans plus tôt : « La division ne doit être prononcée que dans des cas exceptionnels et seulement quand elle est nécessaire … De plus elle aurait pour résultat de créer deux communes pourvues de ressources financières trop réduites ». Et il fait valoir que le budget qui ressort des recettes de la commune passerait de 5494 à 3710 F, si le projet voyait le jour. Après cette dernière déconvenue, les séparatistes
de Taurines, constatant l’inutilité de leurs démarches,
abandonnèrent le combat non sans amertume. La frustration
aviva l’esprit de clocher, ce qui, pendant les dizaines d’années
qui suivirent, engendra des batailles homériques au cours
de chaque élection municipale pour la possession du siège
de maire et de son premier adjoint. Il faudra attendre la fin du
siècle pour que M. Amédée Vaysse, à la
fin de son dernier mandat, jugeant que les chamailleries avaient
assez duré, prenne la sage décision de procéder
au désectionnement. Les trois villages allaient désormais
voter ensemble dans un seul bureau, la mairie, et la concorde règnerait
enfin sur le Plateau. .
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