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NAUCELLE en ROUERGUE
NOTES HISTORIQUES

  A l'amateur de vieilles pierres venu lui rendre visite l'hôte naucellois ne pourra proposer à sa curiosité, outre l'église et la rue du Four, que le portail du XVe siècle, dit - à tort - des Anglais, s'ouvrant sur la route qui, par la Côte vieille, conduisait autrefois jusqu'à la cité voisine et rivale, Sauveterre. Et celle-ci en revanche dispose en surabondance de vestiges à ce point remarquables que sa place aux arcades a servi il y a peu d'écrin à un feuilleton télévisé, ce qui aux yeux de beaucoup constitue, à tort ou à raison, la suprême consécration-

     Naucelle n'en possède pas moins une très riche histoire, plus ancienne en tout cas que celle de la bastide sauveterrate que le roi créa au XIIIe siècle pour "éclipser [notre] vieille sauveté monastique" comme l'a écrit l'éminent historien Ch. Higounet et à défaut de monuments architecturaux, les documents d'archives - nombreux mais évidemment moins spectaculaires – sont tout aussi éloquents.

     Et nous n'allons pas ici remonter au peuplement de l'époque gallo-romaine attesté par les nombreux toponymes en AC ou AN et les innombrables tessons de briques, tegulae ou autres amphores mis à jour par les labours.

     Tout autour de Naucelle de nombreux châteaux existaient et assez paradoxalement leur destruction ne fait que traduire le développement considérable qu'a connu le Ségala au début du XIXe siècle, surtout vers 1850 avec l'essor de la culture de la pomme de terre, l'utilisation de nouveaux instruments de labour et une nouvelle orientation de l'élevage.

   Ce préambule pour montrer qu'on ne peut constamment regretter l'absence de monuments spectaculaires à offrir à la curiosité des visiteurs. L'histoire, du moins la petite, est le plus souvent faite de modestes vestiges, pouvant paraître à beaucoup insignifiants, tant trouvés sur le terrain que dans les documents d'archives. Encore faut-il les découvrir, les exploiter, les faire parler et divulguer le résultat de ces recherches.

Gilbert IMBERT

Histoire du Blason de Naucelle
 
Les moines dans l'histoire  
   La Serre : première implantation cistercienne dans le Naucellois  
      La Grange de Bonnefon  
         Le temps des malheurs  
             Le premier renouveau  
               Les premières foires  
                  La seconde révolution  
 
 
SURVOL RAPIDE D'UN MILLENAIRE

Les moines dans l'histoire

     S'intéresser au passé lointain de Naucelle (tout en nous limitant au second millénaire de notre ère), c'est rencontrer dès les premières consultations d'archives, les moines . L'ancien nom même de Naucelle, Nova Cella en latin, évoque une fondation monastique : Nouvelle Cellule. Mais la véritable naissance de Noacela Naucelle est liée à l'arrivée des cisterciens

     Pour les moines, vivre de leurs mains était et reste aujourd'hui encore une prescription fondamentale de leur règle, d'où leur réputation de défricheurs. L'abondance des terres en leur possession leur permettra de répondre tout à fait à cette obligation. La chose leur était facile lorsque les terres étaient proches de l'abbaye. Mais qu'en était-il pour les terres plus lointaines?

 
      Les abbés vont confier la gestion des donations foncières éloignées à des moines, le plus souvent des religieux convers, moines non prêtres, souvent illettrés mais habiles techniciens agricoles, installés dans des Granges, bâtiments qui serviront à la fois de siège à l'exploitation agricole des terres progressivement défrichées, qui joueront également le rôle de ferme-modèle - et de plus de lieu de collecte, - de silo -, pour stocker les redevances en nature dues par les paysans tenanciers qui vivent dans leur mouvance.
      
      Ce système de faire-valoir direct par ces moines - les grangiers - aidés de brassiers laïques (ouvriers agricoles n'ayant que leurs bras à offrir d'où leur nom) se poursuivra tant que les vocations le permirent. Mais très tôt la gestion de ces domaines et le prélèvement des droits seigneuriaux et ecclésiastiques durent être confiés à des fermiers.

La Serre : première implantation cistercienne dans le Naucellois

     En 1147, quinze ans avant que ne soit fondé Bonnecombe, le monastère de Bonneval s'implantera près d'Espalion, et les multiples donations en Ségala, notamment dans la région de Naucelle, lui permettent très vite d'étendre ses parcours pastoraux.

     Vers 1155/1160, dans une boucle formée par le Lézert et le Rieu Salés, au lieu-dit Planaval sive la Malamosquié, au-dessous de l'actuel Soulages, Bonneval crée la Grange de la Serre, sûrement la plus ancienne de ses granges lointaines. Son nombreux bétail transhumant trouvera dans cet endroit un abri idéal.

 

     Mais dès la fondation de Bonnecombe en 1162, la cohabitation avec Bonneval s'avère difficile. Dans un premier temps un modus vivendi s'instaure. Par un accord signé en 1217 les deux abbayes se partagent les pacages qui vont de Gramond jusqu'au Viaur. Mais pour diverses raisons (éloignement de l'abbaye, difficultés financières) Bonneval revend la Serre et ses appartenances à Bonnecombe en 1225 au prix de 10.000 sous roudaneses dont un premier acompte de 5.000 sous est payé en bêtes à cornes (84 boeufs ou vaches).


La Grange de Bonnefon

     Amputant le vaste fief de Montmeyrac, Bonnecombe va construire alors la Grange de Bonnefon en un lieu plus accessible, proche à la fois des voies de Rodez /Aibi et du cami roudanes Rodez/Gaillac via Crespin et le Pont de Cirou, facilitant les échanges avec d'autres Granges telles Bemac ou Lafon.
 En acquérant la Grange de la Serre une large partie de ce qui constituera la mouvance (les appartenances) de Bonnefon est déjà entre les mains des cisterciens. Donations et acquisitionsvont se poursuivre ; elles se font désormais à la honor deBonafon.
  Nous ne citerons que la vente à B. abbé de Bonnecombe, en 1248, du mas et du capmas des Cours par Brenguier seigneur de Villelongue.
A la fin du XIIIème siècle le patrimoine de Bonnecombe dans la région de Naucelle est constitué.

 

AgrandirDans la mouvance de la Grange de Bonnefon quelques soixante-dix mas, occupant une superficie de 6000 hectares, sont devenus propriété des moines blancs et fait tout à fait remarquable, cet ensemble foncier restera immuable jusqu'à la Révolution.

De ce lointain passé seul subsiste aujourd'hui, proche du terrain de camping, un tronçon de tour, dernier vestige émouvant de cette Grange , qui fut durant des siècles, le signe visible de la domination cistercienne sur le Naucellois.

Le temps des malheurs

     Nous ne nous étendrons pas sur la période bien connue de la guerre de Cent Ans et les innombrables souvenirs qu'elle a laissés. A la Grande Peste de 1348 s'étaient ajoutés les malheurs de la guerre, suivie des exactions des soldats et routière qui ravagèrent le pays et sa population. Naucelle connut aussi cette tourmente. La Grange de Bonnefon en 1368 subit les attaques d'une troupe anglaise. Pour ne pas laisser les bâtiments aux mains de l'ennemi les religieux les incendièrent , beaucoup périrent dans le sinistre et avec eux une grande quantité de blé, de vin et d'archives. Les soudards se retirèrent au château de Castelmary qui constitua leur dernier retranchement en Rouergue.

     

     En 1371, une lettre d'amortissement du roi Charles V mentionne la disparition dans la région de 300 personnes et "ultra igné combuxerunt et occiderunt vina, blada et alla ipsorum religiosorum ibidem existencia comburendo et totaliter destruendo"; même sans traduction les termes de cette phrase sont éloquents.


Le premier renouveau

     Dès le début du XVe siècle, les documents qui nous sont parvenus nous laissent deviner un vaste mouvement de renouveau lié à un retour à la paix, toute relative pourtant. La Grange de Bonnefon sera reconstruite avant 1417 et quelques années plus tard la cité de Naucelle sera entourée de murs et de fossés comme nous le rappelle l'inscription gravée sur une des pierres trouvée dans la Grange et conservée sur un mur à l'intérieur de notre église :

"L'an 1427 fo comensat de barar aquest loc per Mos Huc de Castelpers abat de Bonacumba"

     L'abbé de Bonnecombe va procéder à une nouvelle répartition des terres, ou confirmer leurs droits et obligations aux quelques tenanciers encore en place, renouvelant toutes les reconnaissances. Le Ségala naucellois connaît alors le premier développement marquant de son agriculture et de son peuplement.

 

     Chaque foyer (fuoc) de Naucelle reçoit un lopin de terre pour en faire un jardin ou une chenevière, et une parcelle de vigne. On relève, au tout début du XVIe siècle, 150 orts autour de Naucelle et autant de vignes. On en trouve 56 à La Serre, 27 à La Besse, 16 aux Treize-Vents, 17 à Linayrols 3. Beaucoup de ces parcelles, généralement d'une séterée (25 ares) figurent encore sur le plan cadastra] actuel. Dans les soixante-dix mas constituant la mouvance de Bonnefon les caps d'ostal et leur famille vont courageusement mettre leurs terres en valeur.


     En 1417, un bail est signé devant l'église de Bonnefon par lequel le moine-grangier Deodat Palous s'engage à taire rentrer dans la Grange 800 setiers de seigle, - dont 400 devront être transportés à la Grange de Lafon - 30 de froment, un demi quintal de cire, 80 poules et 100 livres tournois en argent   *.

Les premières foires

     En 1492 l'abbé de Bonnecombe envoie une humble supplication au roi Charles VIII au nom des Naucellois, vivant en un beau lieu opulent et fertile mais dont les alentours du fait des guerres ont par le temps passé été abattus, démolis et gâtés et les habitants se sont tellement absentés que le lieu est presque tout inhabité et désert et l'abbé sollicite la permission de tenir des foires pour que le pays se puisse repeupler. Dans sa réponse, le roi autorise ses chers et bien aimés habitants de Naucelle à tenir deux foires l'an (fin avril et début août) et un marché hebdomadaire (le mercredi) pour y vendre, acheter et échanger toutes sortes de marchandises licites et convenables **.

 

     Le renouveau religieux est lui aussi considérable. Au XVIe siècle, Naucelle compte une vingtaine de prêtres pour célébrer les offices des morts, les obits, preuve que les vivants pouvaient désormais s'inquiéter du sort de leur âme et de celle de leurs prédécesseurs .


La seconde révolution

     Comme la plupart des villages aveyronnais pendant les siècles d'Ancien Régime , Naucelle connut une situation misérable qui contrastait avec les fastes royaux somptueux mais ruineux de Versailles.

     En 1658, quelques années après la célèbre révolte des Croquants de Villefranche de Rouergue, l'exaspération des Naucellois est à son comble. Cette année-là "soixante ou quatre-vingts d'entre eux armés d'épées, pistolets et autres armes offensives auroient couru sus aux archers du vice-sénéchal du Rouergue, porteurs et exécuteurs de contraintes et iceux battus et excédés après leur avoir enlevé le bétail qu'ils venoient de leur saisir".
Cette révolte fiscale entraîna une répression brutale : l'intendant de Montauban fit pendre six Naucellois et ordonna la mise à bas de toutes les défenses de la ville.

 

     Naucelle prit alors l'aspect d'une cité misérable derrière des murailles en ruine et plongea dans un marasme profond pour plus d'un siècle.

     Mais comme nous l'avons dit dans notre préambule, elle n'en fut pas moins à l'avant-garde des transformations profondes qui ont enfiévré le Ségala au milieu du siècle dernier. Dès 1840, elle devint le siège d'un actif Comice agricole, elle ouvrit sa première caisse locale de Crédit Agricole et à une date plus récente imagina les premières vacances à la ferme de France.

   

Et en conclusion : le présent

     Aujourd'hui bourg-centre actif et convivial, constituant le premier niveau de regroupement intercommunal des services offerts au public, Naucelle dispose de zones d'installations artisanales immédiatement disponibles ; dans un environnement préservé et valorisé les familles peuvent y trouver des commerces de qualité à dimension humaine, des unités d'enseignement d'excellente réputation, des équipements sociaux culturels et sportifs pour tous les âges et un office de tourisme soulignant s'il en était besoin son ouverture sur l'extérieur.

     Toutes ces infrastructures trouveront leur pleine application avec la réalisation de la deux fois deux voies sur la RN 88 , déjà concrétisée par le viaduc autoroutier du Viaur. A quelques minutes de Rodez et d'AIbi, à moins d'une heure et demie de la métropole régionale, Naucelle offrira un cadre de vie où l'homme retrouvera toute sa place, un nouvel art de vivre.

     Et quitter cette nationale 88 avant d'atteindre ce viaduc, c'est découvrir, en parcourant ses sentiers herbeux, le véritable Ségala du Viaur et de ses affluents, ses pentes boisées, ses gorges profondes ou adoucies, et comprendre alors combien se justifie le nom donné à notre terroir : LE PAYS DES CENT VALLÉES

 

  Gilbert IMBERT
* Archives départementales de l'Aveyron - 3E 8360,
Guibbert notaire à Sauveterre

** Archives Nationales - JJ 225 folio 250 V°
 

 

Et comment ne pas terminer par ces quelques vers de notre regretté voisin de Crespin,
le poète Jean Boudou,
extraits de la Cançon de la Vòta, bel hymne d'espoir pour tous les Naucellois

 

     Et deman dins l'espandida
   Getarèm lo blat de vida
   Mantendrèm l'obra causida
   Pels monges de l'ancian temps
   Trabalhaires et sabents
   Que fonderon Nova Cella
   Que n'avèm fâcha Naucela
Et demain sur l’étendue
Nous jetterons le blé de vie
Nous maintiendrons l’œuvre choisie
Par les moines de l’ancien temps
Travailleurs et savants
Qui fondèrent Nova Cella
Dont nous avons fait NAUCELLE

 

  Les PUBLICATIONS de GILBERT IMBERT

 en vente à la Maison de la Presse à Naucelle
ou sur son site : 
http://monsite.wanadoo.fr/naucelle_autrefois

       … au total une vingtaine de titres.
 

 

Un don précieux à la Bibliothèque municipale de Naucelle

   Notre historien local Gilbert Imbert vient de faire don à la Bibliothèque municipale de Naucelle de la quasi-totalité de ses publications. 20 ans d’écriture soit 800 pages de lecture retraçant l’histoire de Naucelle et de ses habitants depuis le 12ième siècle ; et notre ami Léo Savy, autre naucellois bien connu de tous, a rassemblé la collection des 25 fascicules publiés, sous deux reliures luxueuses..

   Que ces deux généreux donateurs soient remerciés. Ces ouvrages satisferont les amateurs d’histoire locale et notamment les nouveaux résidents, nombreux dans notre village, dont certains seront sans doute curieux de connaître le passé de leur nouveau lieu d’accueil.

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