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Les curiosités en Naucellois

Le Bourg de Naucelle

Naucelle est une création des moines cisterciens de l’abbaye de Bonnecombe (15 km au sud de Rodez) qui s’établirent au XIIe siècle à Bonnefon (à proximité de Naucelle) et dont la Grange (établissement agricole d’un ordre monastique, comprenant des bâtiments et des terres) rayonna sur le Bas Ségala durant six siècles.
Au Moyen Âge, Naucelle se trouvait sur le « Camin rodanès », voie importante qui reliait Rodez à l’albigeois et à Toulouse via le Pont de Cirou. La proximité de Sauveterre freina longtemps le développement de Naucelle car la Bastide concentrait alors tous les pouvoirs. Le renouveau vint de la route et surtout du chemin de fer (1902) avec la création d’une gare à 2 km du bourg, au lieu-dit la Baraque de Merlin (Naucelle-Gare aujourd’hui). Les foires et les activités économiques du Naucellois tirèrent alors profit de cette nouvelle position stratégique.

La Place de l’Hôtel de Ville

Successivement appelé place publique, place centrale puis place de l’Hôtel de ville, ce lieu est mentionné dès le XVe siècle. Elle possède des gitats (couverts à arcades). Au centre se trouvait un puits qui, à cette époque, était le seul point d’eau public à l’intérieur de la ville. Cette place est restée au cours des siècles le centre de la vie naucelloise : des marchés, des bals et même des exécutions y ont eu lieu. On sait par exemple qu’en 1590, deux personnes ont été exécutées sur la place par décapitation et section des membres, qui furent ensuite exposés à divers endroits du bourg. Au milieu du XIXe siècle, un vent de modernité souffle sur Naucelle. Par délibération du 9 mai 1843, le conseil municipal décide à l’unanimité d’édifier au centre de la place le premier réverbère « que l’on allumerait les jours de foire et de marchés lorsque la lune n’éclairerait pas ». Il faut attendre 1928 pour voir l’électrification du bourg.

Quant à l’actuel Hôtel de Ville, imposante bâtisse construite entre le XVIe et le XVIIe siècle, il fut pendant quatre cents ans la propriété de familles bourgeoises qui s’y succédèrent. Il fut à maintes reprises transformé. En 1970, la municipalité fait l’acquisition du bâtiment et y aménage ses bureaux. Les derniers travaux de transformation et d’embellissement datent des années 1990-2000.

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L’église Saint Martin de Naucelle

D’inspiration cistercienne, elle peut être qualifiée de romane de transition. Il est difficile de dater de façon exacte sa construction initiale. Elle fut intégrée aux fortifications dont les travaux débutèrent en 1427 comme en atteste la pierre gravée provenant du château de Bonnefon.

Des origines de l’église à nos jours.
Ces travaux de fortification furent décidés en 1424 par les notables de la ville en accord avec l’abbé de Bonnecombe, Hugues de Castelpers. L’église était parfaitement intégrée dans l’ensemble du système de défense. Elle comportait quatre tours circulaires à chacun de ses angles qui permettaient ainsi d’assurer la défense de l’église et de la cité. Le clocher servait très certainement de tour de guet. Le grand portail actuel n’existait pas, l’entrée se situait côté sud. L’église Saint-Martin a connu de nombreuses modifications entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. Parmi ces transformations, les plus marquantes furent entreprises entre 1892 à 1896. On retiendra l’allongement de l’église vers l’ouest qui exigea la destruction de deux tours d’angle et permit la construction d’une sacristie et du choeur polygonal. La rosace sur le chevet primitif fut agrandie. A l’est, fut ouvert le grand portail d’entrée desservi par un grand escalier. Une deuxième vague de changements importants eut lieu en 1923 : un transept fut bâti et le clocher exhaussé de 13 mètres (hauteur définitive de 38 m).

L’intérieur de l’église
L’église abrite un mobilier intéressant tel que l’autel du Saint Sacrement en bois sculpté peint et doré qui est l’un des meubles les plus anciens daté du XVIIe siècle. L’autel du Sacré-Coeur en bois de chêne de style ogival, qui se situe dans l’aile gauche du transept, fut installé au début de la semaine Sainte de 1883. L’église abrite également la chapelle de Saint-Eutrope, la chapelle du baptistère et un retable mural antérieur à 1550. Enfin, les stalles de style néo-gothique en bois de chêne furent sculptées par deux maîtres ouvriers à la fin du XIXe siècle. Un travail minutieux est visible sur les sièges à miséricorde, les accoudoirs, les dais et les panneaux muraux.

Le grand orgue
L’orgue de l’église de Naucelle a été réalisé en 1999. Cet instrument de style italien est l’oeuvre du facteur d’orgue Jean Daldosso, qui l’a construit dans ses ateliers de Gimont, dans le Gers. L’ouvrage comprend 16 jeux, c’est-à-dire 945 tuyaux. Son buffet est orné de sculptures dorées à la feuille. L’arrivée de cet orgue dans l’église correspond à une volonté d’accompagner les liturgies mais également d’accueillir au sein de l’édifice des animations culturelles telles que des chorales ou des récitals.

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La Rue du Four

La rue du Four est la dernière qui nous donne une idée de l’aspect des maisons de Naucelle au XVe siècle. Cette rue sera d’ailleurs inscrite à l’inventaire des sites en 1973.

Le four banal
La rue du Four tient son nom du « four banal »* qui y fut construit, suite à la Charte de coutumes de la ville signée en 1424. Le propriétaire de ce four, fermier et Abbé de Bonnefon, en percevait l’affermage. Un bail de sous-affermage était conclu pour une période bien déterminée avec un ou plusieurs habitants de la ville. Engagement pour eux « à faire le nécessaire pour le chauffage et la cuisson de pain des habitants que les femmes apportaient sur leur tête, dans les paillasses de ronce et de paille de seigle ». Le bois de chauffage et de cuisson venait de la forêt de la Gamasse qui jouxte Bonnefon. Le four banal, en bon état mais sans usage, fut hélas démoli dans les années 1950.

* Four banal : on appelait autrefois four banal le four villageois. « Banal » est une lointaine référence au droit du moyen âge. « Ban » signifie « astreinte ». Le four banal était celui que le seigneur avait fait construire et qui était obligatoire. On ne pouvait cuire son pain ailleurs. La raison principale en était la sécurité contre le feu, ce grand ennemi des temps passés.

Les maisons de la Rue du Four
De cette époque, il ne reste que quelques maisons à colombage et double encorbellement. Le rez-de-chaussée était en pierre. Il servait d’échoppe, d’atelier ou d’étable pour le cochon qui recevait directement une partie de sa nourriture par une trappe située dans la cuisine au premier étage. Les murs des premiers et deuxièmes étages étaient à pans de bois garni de torchis. Dans des bacs pleins de terre glaise, le maçon tressait des cordes de paille qu’il accrochait au bois. Les vides étaient remplis de terre glaise abondante dans notre ségala. Le mur à clapet de torchis sera remplacé par le mur à clapet de pierre, confectionné avec du mortier de terre glaise et de la pierre. On gardera l’armature en bois et les séparations intérieures resteront en torchis. La couverture de ses maisons était en lauses. Il est à peu près certains que ses habitations, au début du XVIe siècle, comptaient au moins cinq personnes chacune. Les Naucellois vivaient donc à l’étroit et les rues du bourg étaient certainement très animées, avec tous les aléas que cela comporte : bruit, insalubrité, odeurs... C’est d’ailleurs à cette époque qu’un pont sanitaire fut construit pour un notable de la ville. Possédant une maison de chaque côté de la rue, il fit construire ce pont pour passer plus aisément de l’une à l’autre.

La rue du four au fil des siècles
Petit à petit, les habitants du centre ville, à la recherche de plus d’espace, construiront à l’extérieur de l’enceinte du bourg. Cette possibilité se présentât à eux grâce à la vente de terrains. « Mais un jour, la rue du Four n’eut que fantômes... sous les fossés comblés que de biens engloutis... ». Le « reviscòl » (le réveil) sonna en 1969 avec les stages « Vacances insolites en Rouergue ». Pendant dix ans, des centaines de stagiaires, venus de toute la France et de l’étranger, viendront s’initier durant l’été aux métiers de la vannerie, du tissage, de la poterie. La rue moyenâgeuse connaîtra alors une animation extraordinaire.

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La Porte Saint-Jean, dite des Anglais, et la Place Marcellin Cazals

En 1424, malgré la retraite des Anglais, les exactions se poursuivent de la part de soudards : les routiers. Les villageois, réunis en l’église de Naucelle, demandent à leurs coseigneurs, Hugues de Castelpers, abbé de Bonnecombe, et le Baron de Landorre, l’autorisation d’entourer leur cité de murailles et de fossés. Les coseigneurs firent donc constituer une équipe de « valadièrs » (terrassiers) pour creuser des « valats » (fossés). Les habitants de Naucelle rédigent ce même jour une charte de coutumes, moeurs, usages, privilèges et libertés avec entre autres l’autorisation de prélever du bois de chauffage provenant de la forêt de la Gamasse et l’utilisation du four banal pour la cuisson du pain. Trois portes permettaient l’accès à la ville : « la Pòrta Nòva de Galvan » située près du presbytère, « la Pòrta Sant Estròpi » en direction de Rodez, située place Jean Boudou et surmontée d’une tour de défense, et « la Pòrta San-Joan » dite des Anglais. Cette dernière est la seule qu’il nous reste aujourd’hui. On distingue encore les deux logements des bras du pont-levis. Elle a été inscrite à l’inventaire des sites en 1975. Les fortifications ont été démolies sur l’ordre de l’intendant de Montauban en répression de la rébellion fiscale des Naucellois en 1658.

Attenant à cette porte, se trouve la place Marcellin Cazals. Ce lieu, enceint dans le Naucelle historique, ne fut pas toujours aussi paisible qu’aujourd’hui. Les Naucellois se souviennent encore de la « remise Issanchou » située au rez-de-chaussée d’un bâtiment maintenant disparu qui abritait, tous les soirs du 28 de chaque mois, les bals de fin de foire. Lieu de mémoire et de profond chagrin, ce bâtiment abrita avant la guerre de 39-45 de nombreux réfugiés espagnols en résidence temporaire. Mais il reste surtout attaché à l’exode des juifs fuyant, quelques années plus tard, la barbarie nazie. Assignées à résidence ou réfugiées volontaires, nombre de familles juives d’Europe Centrale vécurent à Naucelle. Le gouvernement de collaboration de Vichy et sa sinistre milice, faisant preuve d’un zèle coupable, par un matin d’août 1942, raflèrent dans le Naucellois 29 d’entre eux qui finirent dans les chambres à gaz. Ce bâtiment fut détruit, et en 2000, sur son emplacement, fut aménagée la place actuelle. Elle est aujourd’hui un lieu d’hommage et de reconnaissance au courage de Marcellin Cazals, natif de Quins. Ce gendarme exemplaire, ne transigeait jamais avec les principes républicains et humanistes. Engagé dès janvier 1943 dans la Résistance au Malzieu dans la Lozère voisine, où il était Chef de Brigade, il décida de « n’opérer aucune arrestation qu’il s’agisse de juifs, ou de personnes menacées d’internement comme les communistes ou les réfractaires au STO ». Il fera preuve, durant cette période, de sang-froid et d’une immense bravoure, en dépit des risques encourus. Il est reconnu en 1993 par la prestigieuse institution israélienne Yad Vashem, « Juste parmi les nations » pour avoir, au péril de sa vie, sauvé de nombreux juifs persécutés. Décédé à Naucelle le 21 octobre 2001, notre cité lui rend hommage en baptisant de son nom, cette placette, au cœur du bourg.

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La Place du Ségala

La place du Ségala fut un lieu stratégique de la vie économique du Naucellois puisqu’elle accueillit pendant des décennies d’importantes foires. Son réaménagement récent en fait aujourd’hui un lieu de loisirs apprécié des habitants.

Une population à l’étroit
Naucelle a été construite au XIIe siècle par les moines cisterciens de l’abbaye de Bonnecombe, puis fortifiée au XVe siècle (murs d’enceinte et fossés). En 1516, cent dix maisons étaient recensées à l’intérieur de la cité et une quarantaine tout autour. Ce n’est qu’au début du XIXe siècle que la population éprouva le besoin de construire de nouvelles habitations hors des murs. Les fortifications et les fossés ayant presque tous étaient détruits et comblés suite à la révolte fiscale des Naucellois en 1658 et aux représailles qui s’en suivirent, des maisons furent bâties sur les fossés et leurs accotements. A cette époque, toute la partie sud-est de la ville était recouverte de prés clos (vastes pâtures). Parmi eux se trouvait le pré du Pouget sur lequel se trouve aujourd’hui la place du Ségala.

Construction du foirail
En 1898, la commune de Naucelle acheta un vaste lot sur le pré du Pouget (« poget », petite éminence). Elle utilisa cet espace pour créer un foirail aux bestiaux à cornes. Durant des dizaines d’années, les foires de Naucelle étaient l’occasion de rencontres et d’importants échanges commerciaux puisqu’il s’y négociait des centaines de bovins venant de toute la région et de fermes parfois fort lointaines. A titre d’anecdote, c’est au cours d’une de ces foires qu’un naucellois, Jean Delbruel, sortit vainqueur d’un combat avec un ours. L’animal laissa des traces de griffes dans le dos de son adversaire que l’on surnomma alors Jean de l’Ours. Le foirail accueillait également les célèbres fêtes du Ségala.

Les évolutions du quartier
L’extension du bâtit sur le pré clos du Pouget permit de créer une route reliant Naucelle à la Baraque de Merlin, aujourd’hui Naucelle-Gare. Cette nouvelle voie de communication va permettre de désengorger le centre du village et entraîner l’édification de nouveaux bâtiments : maisons individuelles, commerces et ateliers. Depuis 1868 l’école Saint-Martin s’ouvrait sur la place du Ségala avant d’être transférée en 1965 avenue de la gare. A cette même époque les services postaux s’y installent. On note aussi la présence de l’ex cours complémentaire devenu aujourd’hui le collège Jean Boudou.

La Place du Ségala aujourd’hui
Le temps où la place était noire de monde les jours de foire est désormais révolu. Le monde agricole et le commerce des bestiaux ont connu des évolutions importantes nécessitant des infrastructures plus adaptées. Des halles ont ainsi été construites à l’ouest de Naucelle et la place du Ségala s’est vue enlever sa principale fonction. C’est en 2001 que la municipalité décida de métamorphoser ce lieu devenu austère afin d’en faire à nouveau un lieu de rencontre et de convivialité pour les Naucellois et les visiteurs.

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La Place Jean Boudou

Anciennement appelée place du Bassin - la fontaine publique (« Font del Grifol ») érigée en 1849 est aujourd’hui démolie - elle a été rebaptisée en 2000 place Jean Boudou, en hommage à cet écrivain et poète occitan né à Crespin.

Jean Boudou
1920, Crespin (Aveyron) - 1975, l’Arbatach (Algérie)
Un des écrivains majeurs de notre temps, méconnu du grand public, parce qu’il avait choisi d’écrire dans « la lenga de l’ostal » (la langue de la maison) : l’Occitan. Né dans une famille de paysans très modestes, il deviendra instituteur, connaîtra le STO (Service de Travail Obligatoire durant l’occupation allemande 1943-1945). À son retour, il reprendra son métier d’enseignant le jour, et consacrera une bonne part de ses nuits à l’écriture. Instituteur itinérant agricole, il part en coopération en Algérie en 1969 à l’Arbatach où il mourra subitement le 24 février 1975. Il repose au cimetière de Crespin. Lecteur passionné de littérature contemporaine, il publie une série de Contes, dont les plus connus sont ceux du Drac, inspirés par sa mère, habile conteuse. Il est aussi poète mais avant tout romancier. Un romancier de la modernité, enraciné et planétaire. Parmi ses romans les plus connus, citons La Grava sul camin, Lo libre de Catòia, Lo libre dels Grands Jorns.

Occitan ou Langue d’Oc
Langue minorisée d’Europe, langue naturelle de l’espace occitan : 32 départements du sud de la France, des vallées du Piémont italien et du Val d’Aran en Espagne (où elle est officielle). Langue des Troubadours et d’un prix Nobel de littérature : Frédéric Mistral.

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Source  : Panneaux du circuit touristique du bourg de Naucelle.
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