Imprimer cette page

Centrès

Histoire

La légende du nom de Centrès

Pendant la guerre de Cent Ans, trois chevaliers français, tombés entre les mains du chef de file de Sorazis à la suite de trahisons, furent condamnés à mort. A peine venaient-ils d’expirer, que leurs compagnons entrèrent dans la ville qu’ils mirent à feu et à sang.
Une tradition veut que les archers arrivés en renfort au nombre de cent trois seraient à l’origine du nom de Centrès.

Des origines au Moyen-âge

La région fut peuplée des milliers d’années avant notre ère. A ces tribus primitives, se mêlèrent successivement dans la région, les Ibères, les Ligures et les Celtes qui contribuèrent à former la province gauloise des Ruthènes. Vinrent ensuite les Romains puis les Wisigoths.
Il reste peu de vestiges de l’antiquité. Des amphores romaines, ainsi que des urnes funéraires, furent trouvées sur le site de Miramont, qui par sa position fut de tout temps un site stratégique. Les Sarrasins occupèrent un temps la province de 725 à 730 et saccagèrent Rodez.

Au Moyen-âge, il n’y avait pas moins de trois châteaux sur le territoire de l’actuelle commune de Centrès.
Celui de Centrès, dont on sait peu de choses, sinon qu’il fut donné, en 1413 en seigneurie à Guillemot de Solages. Il existait encore en 1632. Aujourd’hui il est entièrement détruit.
Le château de Miramont dont il ne reste que quelques pans de murs que l’on peut voir encore sur le roc de Miramont. Une tradition locale rapporte qu’une ville existait jadis près du château. D’après des documents, cette ville se nommait Sorazis, ce qui fait référence aux Sarrasins. Des vestiges de constructions découverts sur ce site confirment la légende. Miramont était l’une des douze anciennes baronnies du Rouergue. Durant la guerre de Cent ans, le château fut occupé par les routiers qui s’y maintinrent plusieurs années après le départ des Anglais. Sorazis semble avoir été détruite à cette époque.
Enfin, le château de Taurines qui existe toujours, et que l’on peut visiter, mais dont l’architecture actuelle est le reflet de nombreux avatars et remaniements, et d’autant d’époques. De Taurines, dont la plus ancienne mention date de 1088 mais le village s’est constitué bien avant, on pense généralement que son nom vient du fait que l’on y aurait célébré un culte à une divinité taurine. Peut être le culte de Mithra, religion d’origine iranienne, répandue dans tout l’Empire Romain, dont l’Ibérie (ou la corrida en est une lointaine réminiscence) et le sud de la Gaule. Elle fut en concurrence avec le christianisme jusqu’au IIIe siècle au moins.

Au cours de la croisade contre les cathares, les troupes de Simon de Montfort occuperont la région. Leur action portera surtout sur Rodez et Najac. Certains historiens pensent que Sorazis, appelée aussi Roc-Sorazis, aurait put être détruite par les croisés et non à la fin de la guerre de Cent-Ans. Rien ne vient cependant étayer cette hypothèse.

De la Renaissance à la Révolution

De la Renaissance, on trouve peu de traces à Centrès. On peut signaler l’édification de l’église de Naucelle et le début de la reconstruction du château du Bosc à Camjac vers 1521, communes limitrophes de Centrès.

La Réforme, importée principalement de Toulouse, se répand rapidement. Les affrontements religieux n’épargnent pas la région. En 1574, le château de Taurines tenu par les protestants est assiégé, pris et incendié par les catholiques. L’avènement de Henri IV et l’Édit de Nantes, ne mirent pas fin aux luttes qui ne se terminèrent qu’en 1639 avec la paix d’Alès. La révocation de l’Édit de Nantes en 1685 amena les protestants, qui n’abjurèrent pas, à se retirer dans les Cévennes ou à émigrer à l’étranger.

Le XVIIè siècle voit le développement de verreries fondées par des gentilshommes verriers, tels les Filquiers et les Bournhiols. Certaines existaient encore au début du XIXè siècle. A Versailles (à la limite de Camboulazet), existait un atelier de verrerie. En 1982, des fouilles ont permis de découvrir les anciens fours où l’on fabriquait des verres à pied, des flacons, et du verre à vitre très fin, de couleur verdâtre obtenu grâce à l’utilisation de cendre de fougères. Les objets récupérés sont visibles au musée Fenaille à Rodez.
Cette activité apportait un complément de revenus aux paysans les plus pauvres, car l’hiver, ils se transformaient en colporteurs pour vendre les objets ainsi fabriqués.

En 1745, le marquis de Miramont, Louis-Aîmé-Ignace d’Imbert du Bosc, seigneur de Centrès, capitaine du régiment de Brionne, est mortellement blessé à la bataille de Fontenoy. Un bras arraché, il fut ramené à Albi par son aide de camps. Il mourut un an plus tard des suites de sa blessure.

1789 se passa dans le calme dans le Ségala, éloigné de tout foyer révolutionnaire. Début 1790, les paysans désireux de participer à la Révolution, manifestent et des troubles éclatent. Des bandes, contenues en partie par la Garde Nationale attaquent abbayes et châteaux. Le château du Bosc est assailli dans la nuit du 14 Février 1790 en l’absence de la famille d’Imbert du Bosc qui se trouve alors au château de St Gervais. Les attaquants ne trouvent à emporter comme maigre butin, que des plombs de filets de pêche. Une vieille servante, du nom de Mariotte en mourut de frayeur.
La vente des biens nationaux en 1794, ne profita, comme dans les autres régions de France, qu’aux paysans aisés et à la bourgeoisie.

Le XIXe siècle

Centrès se trouve dans la région de ce que l’on appelait autrefois les Ségalas, (pays du seigle), région pauvre opposée au Fromental, (pays du blé de l’Aquitaine).
Au XIXe se mit en place la fabrication de la chaux, utilisée comme amendement des sols, à partir du charbon de Carmaux et des calcaires de l’Aquitaine. Puis la création des voies ferrées Carmaux-Rodez et Capdenac-Rodez en facilita le transport à travers tout le pays. Grâce au chaulage, le seigle et la lande reculèrent au profit de céréales plus nobles, blé, maïs, orge, mais aussi du trèfle qui permit le développement de l’élevage. Par contre, la vigne disparut, détruite par l’oïdium et le phylloxéra.

La fin du XIXe siècle et le début du suivant furent aussi une période d’intense émigration vers les grandes villes, comme Paris ou Marseille, mais aussi aux Amériques, principalement vers les pays d’Amérique du Sud. Il y a par exemple, en Argentine, la ville de Pigüe, fondée par des aveyronnais, qui est toujours constituée par une majorité de leurs descendants. Un habitant de Centrès au moins, Pierre Séverin Rey, émigré en Colombie, y fit fortune.

18 Décembre 1871 - Le comte Raymond de Toulouse-Lautrec, dit "Le Prince Noir", grand-père du peintre Henri de Toulouse-Lautrec, quitte au petit matin le château du Bosc avec son garde-chasse. Celui-ci étant très enrhumé, le comte lui conseilla de rentrer chez lui et de se faire un bon vin chaud. A la nuit, les chiens sont rentrés seuls et l’on ne savait pas en quel endroit le chercher. Seul le petit Henri ne cessait de dire : "Il faut chercher bon papa dans les ravins du Viaur", et c’est là en effet que l’on retrouva son corps deux ou trois jours plus tard.

Le XXe siècle

Le début du XXe siècle voit l’achèvement des lignes de chemin de fer, dont le célèbre viaduc du Viaur, inauguré en 1902, et du réseau routier ainsi que le développement des communications. L’électrification s’achève vers 1930.

La première guerre mondiale si elle ne toucha pas directement le pays, meurtrit cruellement ses habitants par la mort de trop nombreux soldats pendant le conflit. La seconde vit se développer le maquis de Villelongue pour combattre l’occupant dans la région. Il était basé dans les gorges du Lézert et commandé par Antoine Puech. C’est au retour d’une inspection de ce maquis que le colonel Berger tomba dans une embuscade et blessé, fut capturé par les troupes allemandes. Le colonel Berger n’était autre que l’écrivain André Malraux dont c’était le nom de guerre.

Après la guerre, l’élevage devient la plus importante des activités locales. Si l’Aveyron est le principal producteur de moutons de France, le cheptel bovin est très important et nombreux sont les producteurs de veaux d’Aveyron labellisés. Il s’y trouve également plusieurs producteurs de canards gras.

L’habitat traditionnel

La maison traditionnelle rouergate avait des murs faits, soit de gros moellons de granit du Sidobre, soit de pierres plates de schiste suivant la région. La toiture était de lauze, de schiste ou d’ardoise.

On trouvait, le plus souvent, une disposition de la maison en hauteur. Le rez-de-chaussée comprenait la cave et un entrepôt pour les provisions. L’habitation elle même étant au premier étage. Un escalier extérieur donnait accès au logement. Sous cet escalier, une porcherie était souvent aménagée. Les combles, éclairées par quelques lucarnes, étaient utilisées pour le séchage des châtaignes, mais parfois, il existait un petit bâtiment spécialement affecté à cet usage : la "secada" ou "secadou".

A Centrès, région pauvre, on n’employait que le schiste, que l’on pouvait trouver aux alentours, les lucarnes étaient remplacées dans les greniers par des "ciel-ouvert" pour laisser passer la lumière.