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Naucelle

Actualité du : 31 août 2017

Vernissage de l’exposition de Roger Harvey ’le 26 Août 1942"

Vernissage de l’exposition de Roger Harvey ’le 26 Août 1942" qui à eu lieu le samedi 26 août. L’exposition continue jusqu’au 5 Septembre.

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Marquer grâce à Roger Harvey, l’artiste, notre volonté d’assumer un nécessaire travail de mémoire
Aujourd’hui, dire que l’art ce n’est pas que de l’esthétisme, de la beauté, de la candeur, c’est aussi un regard courageux, réaliste, honnête sur un passé pas si lointain, 70 ans, où le tragique le disputât à l’absurde, à l’inqualifiable attitude des dirigeants de l’Etat Français qui parfois au-delà de se que demandait l’occupant nazi, contrôlèrent, raflèrent et déportèrent ces gens, ces hommes et femmes et ces enfants qui n’avaient qu’un seul tort : être juifs, tziganes ou encore bolchevicks.

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• Accueillir, ré-accueillir, symboliquement, au travers du temps,
ces hommes et ces femmes et ces enfants,
qui poussés par les persécutions nazies avaient fui en vagues successives durant déjà les années trente leurs résidences d’Europe Centrale, de Pologne, de Tchécoslovaquie, d’ Allemagne,
puis lors de la débâcle de mai-juin 1940, la Belgique, la Hollande et les zones occupées de France,
pour trouver en nos villages de la Zone Sud un asile, un nouvel endroit où l’on put respirer et continuer à vivre en espérant des jours meilleurs.

• Ils arrivèrent, aux premiers jours de juin 40, c’est attesté, ils arrivèrent par centaines, ici à Naucelle, à Cabanes, à Tauriac, à Camboulazet, à Camjac et à Quins, à St Just, à Meljac, à Sauveterre, à Castelmary, à Crespin,
parmi eux beaucoup de juifs, une majorité de juifs.

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• Ils étaient, c’est attesté, tailleur d’habits ou de diamants, cordonnier ou dactylo, modiste ou fourreur, femme de ménage ou manœuvre, professeur ou artiste sculpteur, boucher ou bien coiffeuse, horloger, drapier ou casquetier, cultivateur ou marchand de bestiaux, tôlier ou même agent de police, commerçant ambulant ou bien mécanicien …
• Certains restèrent, s’installèrent et d’autres repartirent poursuivant leur errance en quête d’un ciel bleu…
• Ils habitaient, c’est attesté, sur la placette de l’église, dans l’actuelle rue qui monte vers Rodez ou celle qui conduit à la gare, au quartier du paradis ou boulevard Justin Bessou, place centrale, rue des tonneliers, à Bonnefon, et dans bien d’autres lieux de notre bourgade, ils s’installèrent dans des logements vacants parfois prêtés à titre gracieux par certains naucellois .
• Ils s’installèrent, c’est attesté, parmi nous et reprirent une vie ponctuée des soucis quotidiens, et bien sûr de l’angoisse de ces exils contraints mais aussi de joies simples : leurs enfants partagèrent, c’est attesté, les plaisirs d’un moment de football sur terrain de la route de l’étang, les fou-rires des collégienne au CC de Naucelle ou la timide réserve des écolières de Jeanne D’Arc. Les femmes souvent « bien vêtues » se promenaient dans le bourg ; telle dame ou telle jeune fille montait au barry-haut ou descendait la razailhou pour y chercher du lait ou bien du lard.
Tel monsieur apprit à son jeune voisin le métier de pâtissier ;
tel autre donnait la main à la ferme ou à l’atelier ;
tel autre quotidiennement se rendait au jardin de ses hôtes sur le chemin de Pauletou.

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• Parmi eux, l’emblématique famille URBACH, le père Jacob, la mère Ruchla, et puis Simon 16 ans en 1942, Armand 13 ans, Sabine 10 ans. Les parents d’origine belge et polonaise vivaient dans la cité industrieuse de Charleroi en Belgique ; et puis, l’exode et l’installation à Naucelle, le 3 juin 40, au bout de la rue droite, dans une maison aujourd’hui disparue que les naucellois connaissaient si bien.
Le marchand de journaux de l’époque les prit en photo, tous endimanchés ; on y voit Simon, on y voit Sabine. On peut cueillir sur la photo la gentillesse et l’ingénuité de Sabine et le sérieux de Simon, garçon boucher, portant casquette, posant avec leurs voisins et jeunes amis naucellois du même âge.

• Et on tremble, on tremble de cet indigne matin du 26 août 42 où ils furent réveillés à la pointe du jour sur ordre des autorités vichyssoise, par nos gendarmes, pour être emmenés en car, c’est attesté, d’abord au camp de regroupement de Rivesaltes, puis à Drancy et jusqu’aux camps de la mort, dans le convoi n° 30 du 9 septembre vers ces lieux où l’extermination planifiée de tout un peuple tout à la fois nous abasourdit, nous révolte et nous laisse amers. On tremble des autres matins, car en 1943 et même en 44 il y eut d’autres rafles tout aussi tragiques, tout aussi inqualifiables

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• Vérité oblige, on s’étonne aussi de l’aveuglement trop longtemps persistant des plus hautes autorités catholiques de notre département qui relayèrent le discours antisémite des Pétain, Laval et autres Bousquet, ce malgré la prise de position plus éclairée, plus simplement chrétienne de Monseigneur Saliège, archevêque de Toulouse qui dès août 42 s’opposa à la déportation dans son homélie « Eglise où est ton devoir ? »
• Il y eut heureusement des hommes et des femmes plus clairvoyants, plus courageux, plus humains,
ainsi des enfants mais aussi des adultes furent-ils cachés protégés dans des abbayes, dans des monastères aveyronnais,
• Et puis il y eut le gendarme DEMOUY de la brigade de Naucelle qui ayant lu au soir du 25 août, sur la table du chef de brigade, peut être avec la complicité de ce dernier, que le lendemain allait se produire une rafle alla en avertir des naucellois, déjà résistants, qui eux mêmes alertèrent des familles juives qui purent ainsi se soustraire à la vilenie du lendemain, c’est attesté, au moins huit personnes furent par ce geste, sauvées de la razzia barbare
• Et puis il y eut, nos deux « Justes parmi les Nations » Philémon DUMOULIN, curé de Crespin, et Marcellin CAZALS, natif du Puech d’Amans voisin, chef de brigade au Malzieu en Lozère voisine.
Ce modeste curé, ce valeureux gendarme, inscrivirent en lettres d’or les mots HUMANISME, COURAGE, HONNEUR aux frontispices quelque peu écornés de leurs institutions.
• Qu’il soit aussi rendu hommage aux habitants de notre cité , de nos villages, qui plus modestement adoucirent la peine de ces exilés durant leur séjour en terre ségalie.
• La rafle du 26 août permettra à nombre de nos concitoyens de prendre mieux conscience de l’inhumanité des traitements infligés aux juifs français ou étrangers
• Nous devons aussi admettre que s’il est facile en 2017 de porter jugement, en 1942-43 comment imaginer l’horreur ? Comment choisir entre s’insurger, résister ou laisser faire, voire pire valider. Pourtant certains furent en mesure de la faire, étaient-ils plus libres, plus conscients, plus courageux ?

• Nous voudrions enfin, aujourd’hui, ici, en naucellois, ré-accompagner, avec fierté, avec amour, ces pères, ces mères et surtout ces enfants, ces 29 personnes,
coupables simplement d’être juifs, qui stigmatisés, poursuivis, raflés, humiliés, furent conduits par un odieux, douloureux, cruel et atroce voyage vers les camps d’extermination d’Auschwitz et de Maïdanek.

• A jamais vos noms resteront gravés
dans ce marbre noir
symbole d’un deuil imprescriptible
où scintillent vos cœurs palpitants d’une vie
si effroyablement abrégée.

Merci Roger de nous permettre une nouvelle fois de ne pas les oublier et de les honorer.

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